Comment la Roue des Saisons de la Wicca a-t-elle été construite?

Dans la Wicca et dans plusieurs autres courants païens contemporains, l’année est organisée autour de huit célébrations saisonnières que l’on appelle les sabbats.

Roue des saisons
Roue des saisons

Qu’est-ce qu’un sabbat?

Ils marquent les grands passages du cycle solaire et naturel de l’année et sont traditionnellement présentés comme une manière ou un art de vivre en  suivant les rythmes de la nature.

Mais si certaines de ces fêtes, leurs noms ou leurs symboles s’inspirent de traditions anciennes, la roue de l’année telle que nous la connaissons aujourd’hui est une construction plutôt moderne : elle ne correspond pas à un calendrier antique arrivé tel quel jusqu’à nous.

Présentation des sabbats de la wicca

Les huit sabbats sont répartis plus ou moins à intervalles réguliers : quatre correspondent aux équinoxes (Ostara, Mabon) et aux solstices (Yule, Litha), tandis que les quatre autres sont des fêtes plus ou moins saisonnières situées entre eux.

Certaines sont traditionnellement célébrées à une date fixe mais en ce qui concerne  pour les équinoxes et les solstices, en revanche, il faut se reporter chaque année à la date astronomique exacte car ce sont des phénomènes astrologiques.

On retrouve généralement, dans la roue de l’année contemporaine, huit sabbats : 

· Samhain, traditionnellement célébré autour du 31 octobre-1er novembre . (article)

· Yule, associé au solstice d’hiver .

· Imbolc, autour du 1er février. (article)

· Ostara, associé à l’équinoxe de printemps. (article)

· Beltane, autour du 30 avril-1er mai.

· Litha, associé au solstice d’été.

· Lughnasadh, autour du 1er août.

· Mabon, associé à l’équinoxe d’automne. 

Pour les quatre fêtes solaires, les dates sont donc à vérifier chaque année, puisqu’elles dépendent de l’instant astronomique du solstice ou de l’équinoxe.

Quant à Lammas, souvent présenté comme un autre nom de Lughnasadh, il s’agit historiquement d’une fête distincte, même si les deux ont fini par être rapprochées dans certaines pratiques contemporaines.

Si vous regardez les dates, vous allez forcément reconnaître quelques fêtes que nous célébrons encore aujourd’hui sous d’autres noms : Samhain et Halloween, Yule et Noël, Imbolc et la Chandeleur, etc.

Il est effectivement fréquent de lire que le christianisme aurait simplement placé ses fêtes sur d’anciennes fêtes païennes afin de les faire disparaître. La réalité est cependant plus nuancée : il existe des rapprochements et des réinterprétations de traditions plus anciennes, mais on ne peut pas affirmer que toutes les fêtes chrétiennes ont été volontairement « posées » sur des fêtes païennes préexistantes.

Noël, par exemple, est associé au 25 décembre dès l’Antiquité tardive, mais les raisons exactes de ce choix font encore l’objet de discussions historiques. Il vaut donc mieux parler de continuités, de transformations et parfois de superpositions, plutôt que d’une vaste stratégie de remplacement.

Historique

Pour à la roue de l’année telle que nous la connaissons aujourd’hui, elle appartient au paganisme moderne et notamment à la Wicca, religion apparue en Grande-Bretagne au XXᵉ siècle. 

Elle rassemble des fêtes dont certaines ont effectivement des racines anciennes, notamment les quatre fêtes gaéliques que sont Samhain, Imbolc, Beltane et Lughnasadh, mais leur réunion avec les quatre solstices et équinoxes dans une roue de huit célébrations est une construction moderne. 

Margaret Murray et ses théories sur une ancienne religion des sorcières ont grandement contribué à l’imaginaire dans lequel la Wicca s’est développée. 

Cette égyptologue popularise notamment, dans The Witch-Cult in Western Europe, publié en 1921, l’idée que les personnes autrefois accusées de sorcellerie auraient pu être les héritières d’une ancienne religion païenne ayant survécu à la christianisation. 

Dans son chapitre consacré aux assemblées, elle identifie quatre grandes fêtes saisonnières : May Eve, à la fin avril, November Eve, à la fin octobre, Candlemas, au début février, et la fête d’août qu’elle rapproche de Lammas.

The chief festivals were: in the spring, May Eve (April 30), called Roodmas or Rood Day in Britain and Walpurgis-Nacht in Germany; in the autumn, November Eve (October 31), called in Britain Allhallow Eve. Between these two came: in the winter, Candlemas (February 2); and in the summer, the Gule of August (August 1), called Lammas in Britain .
 Margaret A. Murray, The Witch-Cult in Western Europe: A Study in Anthropology, Oxford, Clarendon Press, 1921, chap. IV, « The Assemblies », p. 109.

Elle considère ensuite que d’autres fêtes, notamment Beltane et Yule, auraient été ajoutées aux anciennes célébrations, tandis qu’elle affirme que les équinoxes n’étaient pas célébrés en Grande-Bretagne, ce qui ne nous fait pas la roue des huit sabbats complète.

To these were added the festivals of the solstitial invaders, Beltane at midsummer and Yule at midwinter; the movable festival of Easter was also added, but the equinoxes were never observed in Britain.

Margaret A. Murray, The Witch-Cult in Western Europe: A Study in Anthropology, Oxford, Clarendon Press, 1921, chap. IV, « The Assemblies », p. 109.

Ces théories ne sont aujourd’hui plus considérées comme une description fiable d’une religion païenne ayant réellement survécu au Moyen Âge, mais elles ont joué un rôle important dans la construction de l’imaginaire de la sorcellerie moderne.

Quelques décennies plus tard, Gerald Gardner va contribuer à transformer cet imaginaire en une religion contemporaine : la Wicca. 

Dans Witchcraft Today, publié en 1954, Gardner reprend lui aussi l’idée de quatre grandes fêtes des sorcières et les rapproche des quatre fêtes gaéliques de Samhain, Imbolc, Beltane et Lughnasadh. Il mentionne également les solstices, mais ils n’ont alors pas encore le même statut que les quatre grandes fêtes. Et il garde aussi la continuité avec Murray en avançant l’idée qu’il était « reconnu » que les sorcière avaient quatre grandes fêtes qui collent à des festivals du feu.

It is, I think, fairly well known that witches observed four great festivals: May eve, August eve, November eve (Hallowe’en) and February eve. These seem to correspond to the divisions of the ancient Gaelic year by the four fire festivals of Samhaim or Samhuin (November 1), Brigid (February 1), Bealteine or Beltene (May 1) and Lugnasadh (August 1). The festivals corresponding to midwinter and midsummer were both said to have been founded in honour of female deities: Brigid is a very ancient goddess of home-crafts and the hearth, Lugnasadh was founded by Lugaidh in honour of his ‘nurse’ Taillte. 
Gerald Gardner,Witchcraft Today XII. Who is the Devil? p.130 1954

La roue de huit célébrations que nous connaissons aujourd’hui va donc se construire progressivement mais c’est en 1958, à la demande du principal Coven de Gardner, que  les équinoxes et les solstices seront ensuite pleinement intégrés au calendrier wiccan donnant au système sa forme à huit célébrations.mais leurs noms, tel que nous les utilisons aujourd’hui, datent des années 70.

Aidan Kelly a encore contribué à fixer en 1974 les noms modernes d’Ostara, Litha et Mabon, avant que des auteurs comme Scott Cunningham ne participent à leur diffusion auprès d’un public beaucoup plus large comme dans
Son Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner, publié en 1988, consacre notamment une partie aux fêtes saisonnières et présente la roue de l’année dans le cadre d’une pratique wiccane individuelle.
Il ne s’agit donc pas d’un calendrier antique que nous aurions simplement retrouvé : c’est un système religieux contemporain qui s’est construit en puisant dans des sources anciennes, le folklore, l’érudition, l’occultisme et différentes traditions européennes.

A garder à l’esprit…

Et c’est justement là qu’il faut garder un peu de recul lorsque l’on parle de ces fêtes. Les traditions celtiques anciennes sont loin d’être aussi bien documentées que nous le souhaiterions : nous ne possédons pas, par exemple, un manuel religieux gaulois ou celtique nous expliquant comment célébrer chacun de ces huit moments de l’année. Une partie de nos informations provient de sources extérieures aux peuples concernés, notamment de textes grecs et romains, dont les auteurs avaient leurs propres représentations et leurs propres préjugés. 

César, dans La Guerre des Gaules, constitue bien une source importante pour l’histoire des Gaulois, mais il reste une source romaine, écrite dans un contexte politique et militaire particulier. Il faut donc croiser les sources archéologiques, littéraires et historiques plutôt que de prendre pour argent comptant une reconstruction moderne.

Cela ne signifie pas pour autant que la roue de l’année serait « fausse » ou que les croyances de ceux qui la pratiquent n’auraient aucune valeur. 

La Wicca est une religion pour certains de ses pratiquants, tandis que d’autres personnes empruntent à la roue de l’année une approche plus spirituelle, symbolique ou simplement tournée vers les cycles de la nature. Comme pour toute tradition religieuse contemporaine, chacun peut y trouver son propre rapport au monde. 

L’important, lorsqu’on raconte son histoire, est simplement de ne pas confondre ce qui est attesté, ce qui a été reconstruit et ce qui relève aujourd’hui de la croyance.

Pour connaitre le détail de chaque célébration je vous invite à regarder individuellement, chacun porte un sens, à des couleurs, des divinités, des temps de méditation, des activités, des pierres, des fleurs, …

Nous n’étions ici que pour comprendre que même si c’est ce que certains qualifient (de façon pédante) de New-Age avec le temps ça deviendra des textes anciens. Mais ma conclusion n’est pas celle-là : comme Noël, Pâques, … il y a ce que l’on voit, ce que l’on sait, les habitudes et les traditions communes, mais les meilleures traditions seront toujours les vôtre, celles faites avec sens et coeur.

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